mercredi 8 juillet 2009

L'histoire discrète de Servilly


Le site primitif de Servilly était situé à 800 mètres du bourg actuel, sur une motte féodale qui se dressait tout contre le domaine des Pérards. Un hôtel fort couronnait ce système défensif. Une chapelle castrale et un petit cimetière complétait l'enclos seigneurial qui, de toute évidence, fut endommagé à plusieurs reprises lors de la guerre de Cent ans. Ce ne fut qu'au tout début du XVIIe siècle qu'une nouvelle église paroissiale fut construite dans le bourg à partir, semble-t-il, d'éléments préexistants.



Durant plusieurs siècles pour la très grande majorité des habitants de Servilly le CHATEAU et la PROPRIETE étaient confondus dans la terre de Gléné. Remanié notamment au cours du XVIIIe siècle, le château de Gléné, qui dépendait avant la Révolution de la paroisse de Lubier-La Palisse, conserva ses deux grosses tours du XIVe siècle. L'histoire de Gléné est plutôt difficile à reconstituer tant elle fit l'objet de nombreuses transactions. Propriété entre le XIVe et le début du XVIe siècle de la famille Villars, originaire de Floret, Gléné fut vendue en 1525 à Antoine de Chabannes, évêque du Puy, frère du Maréchal. En 1531, notre évêque donna cette terre à son neveu par alliance, Pierre de Martinières, seigneur d'Isserpent. En 1548, Pierre de Martinières vendit Gléné à un cousin, Charles de Chabannes que ses descendants conservèrent jusqu'à la fin du XVIe siècle. Au XVIIe siècle, la terre de Gléné revint dans les mains de la famille de Villars avant d'être une nouvelle fois revendue aux Nepveu, seigneurs de la Tour-Pourçain (Barrais-Bussolles). Après avoir appartenue aux Morigny, une famille de la robe moulinoise, Gléné échut aux Rollet d'Avaux, magistrats riomois. Le couple de châtelains fut arrêté lors de la Révolution, jugé et guillotiné le 15 mai 1794. Gléné fut alors confisquée et vendue comme Bien national. Les Maridet, de gros propriétaires fonciers, s'en rendirent acquéreurs et l'a conservèrent jusqu'à la fin du XIXe siècle. Peu avant la Grande Guerre, Gléné fut vendue au Comte Jaquelot de Potier. De nos jours, si l'essentiel des anciennes terres dépendant de Gléné appartiennent encore à la famille Jaquelot, le château appartient quant à lui au chercheur suisse Andreas Muller, spécialiste européen des crop circles, ces mystérieux cercles de culture.


Même si le bourg de Servilly a toujours été à l'écart des grandes routes, il possédait encore dans les années 30 trois bistrots, deux charrons, deux épiciers et deux maréchaux-ferrants. Deux foires s'y tenaient également.


Parmi tous les commerces du bourg, le café Besson était une véritable institution.


Une vue de la place de Servilly dans les années 40

Vision champêtre du puits du bourg dans les années 30.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

mercredi 1 juillet 2009

Saint-Prix existe !

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C'est avec la commune, si proche et si méconnue, de Saint-Prix que nous ouvrons notre tour estival du Pays lapalissois.
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Saint-Prix serait-elle seulement, comme on peut le lire parfois, la « banlieue verte » de Lapalisse ? Répondre à cette question reviendrait à évoquer par le menu l’histoire des relations, parfois tendues, entre ce village et sa voisine qui s’est toujours empressée de lui clouer le bec en lui rappelant son statut de VILLE. Et pourtant, ce village existe bel et bien. Il n’y a bien que nous autres Lapalissois pour prétendre que son territoire peut être embrassé le temps d’une ballade dominicale décidée après le café, histoire de monter à Beaulieu et de redescendre par les Jeanrais ou la Gare afin de regagner au plus vite les bords de Besbre.
Cette commune mérite mieux qu'une traversée, prenons le temps de regarder Saint-Prix et de bambocher dans sa campagne.
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Dans les années 30, Saint-Prix possédait encore quatre bistrots, trois épiceries-merceries, deux charrons, deux tailleurs et trois moulins. Alors que la fête patronale battait son plein le 15 août (avec le traditionnel pélerinage de Beaulieu), le quartier de la gare possédait également sa propre fête le lundi de Pâques.


Au siècle dernier, le temps long de la ruralité était accéléré par le passage de la route de Paris à Lyon (future Nationale 7) par l'exploitation des carrières de granit et par l'usine de boutons du Viaduc.



C'est à l'écart du bourg qu'il faut aller débusquer le passé lointain de Saint-Prix. Sur le plateau de Beaulieu se dresse une petite chapelle (la CHAPELLE devrais-je dire) du XIIe siècle abritant une statue miraculeuse de Notre-Dame de Bon-Secours. Selon la légende, au XIIe siècle, les chevaux de deux cavaliers passant par ce plateau s'arrêtèrent net tout tremblants au pied d'un chêne. En levant les yeux, les deux cavaliers aperçurent entre les branches, dans un halo de lumière, une statue de la Vierge tenant l'Enfant Jésus. La population accourut alors à Beaulieu et décida, sous la conduite du desservant de la paroisse, de transporter cette statue au bourg. Cependant, le lendemain matin, la Vierge à l'Enfant était à nouveau miraculeusement perchée en haut du chêne de Beaulieu. Peu de temps après, le sire de Montjournal décida d'édifier sur le site même de la découverte la chapelle que nous connaissons encore. (voir également l'article de PALICIA consacré à la Piété en Pays lapalissois, archives du mois de mai 2009).

Jusqu'à la veille de la Seconde guerre mondiale, on présentait dans la hâte à Notre-Dame du Bon-Secours les nouveaux-nés souffreteux dans l'espoir de leur accorder le souffle de vie nécessaire pour recevoir le baptême et éviter ainsi le séjour des limbes.


Sur les bords de la Besbre, enfoncé dans la verdure, se niche le Châtelard, un hameau dominé par un vieux moulin en activité jusqu'à la veille de la Première guerre mondiale. A l'époque médiévale, le Châtelard était, comme son nom l'indique, un petit fief seigneurial ayant pour mission de contrôler un point de passage important sur la Besbre.

Le moulin du Châtelard au début du XXe siècle



Aux Toquins, une vieille tour accolée à un corps de ferme témoigne encore de l'existence d'une terre seigneuriale.


Les Toquins, croquis des Fiefs du Bourbonnais


Saint-Prix est enfin une terre de caractère où un certain esprit de résistance sommeille. Deux anecdotes. Lors de la Révolution, une mère Bert, de son vrai nom Giraud, cacha dans son lit la statue de Notre-Dame de Bon-Secours de Beaulieu afin de la soustraire au bûcher des Bonnets rouges. A la fin du XIXe siècle, une lutte sourde opposa pendant plusieurs années la municipalité de Saint-Prix à la famille Noailly, propriétaire de la terre de L'Hermitage. Cette famille, l'une des plus fortunées du Bourbonnais, souhaitait s'établir sur les bords de Besbre et avait commencé à rassembler plusieurs parcelles, dessiner un parc arboré derrière de hauts murs et édifier un ensemble de bâtisses à caractère bourgeois connues sous l'appellation de Pavillon. Afin de "gâcher" le paysage qui s'offrait au regard des Noailly du haut de leur belvédère, la municipalité de l'époque n'hésita pas à installer le nouveau cimetière communal sur la colline qui se dressait en vis-à-vis de l'autre côté de la besbre... Peu de temps après, une cuisante défaite lors d'élections municipales blessa la morgue des Noailly qui, de guerre lasse, finirent par vendre leur propriété.




S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

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La semaine prochaine, cap sur Servilly.

jeudi 25 juin 2009

Retour sur la ballade-découverte des pivoines Doriat organisée le 6 juin 2009 à Lapalisse-Saint-Prix

La pivoine Gilbert Barthelot, une création Doriat.


Le 6 juin dernier, sur une initiative de Gilbert Tain, agriculteur à Trézelles, connu également pour être à ses heures un remarquable conteur des héritages ruraux de notre province, une ballade-découverte fut organisée en partenariat avec la municipalité lapalissoise et l'Office de Tourisme communautaire, autour des pivoines des anciens Etablissements DORIAT et de quelques arbres remarquables.


Voici le compte-rendu de cette après-midi particulière que nous fait parvenir Gilbert Tain :

"Au départ de l'Office de Tourisme, on a pu observer un superbe sophora tomontosa (peut-être une signature Doriat), puis, nous avons pu le comparer à un autre sophora japonica (qui se dresse dans le jardin du Docteur Poizat), arbre comme son nom ne l'indique pas est originaire de Chine et de Corée. En franchissant la passerelle, l'Ile Saint-Jean nous offrit une vue pittoresque de Lapalisse (quelques pieds de pivoines ont d'ailleurs été plantés dans les massifs). La rue de la Prairie nous conduisit à la rue du Commerce. Là, un if fastigié permit la comparaison avec un taxus baccata recépé qui trône dans une cour privée de la rue Notre-Dame. Là, une boutique reconstituée permit de découvrir une collection de pivoines obtenues par Edouard Doriat et de décliner les personnes honorées par ces fleurs.

Le porche du château nous protégea d'une averse qui ne fut pas de fléches en if comme durant la Guerre de Cent ans. Nous traversâmes ensuite le parc du château, le petit pont de briques et nous arrivâmes alors sur la commune de Saint-Prix en enjambant la Mère-Font. Après avoir traversé la Nationale 7, le jardin public nous accueillit dans toute sa splendeur. Le jardinier, Jean-François Péronnet, nous présenta alors le jardin à la française et le jardin à l'anglaise qui se cotoyent avec paix et harmonie. Catherine tint, à l'occasion de cette ballade, un kiosque à bonbons comme au temps des guinguettes et présenta les produits dérivés de la pivoine. Des jeunes filles, fraîches comme des boutons de pivoine, et des dames plus épanouies en profitèrent pour se parfumer aux senteurs de pivoine. Quelques arbres exceptionnels, tel le hêtre à feuilles d'asplénium, firent notre admiration.

Après avoir traversé le terrain de sport et le camping, nous arrivâmes sur l'ancien site des Etablissements Doriat.

Monsieur Gulon, apprenti durant la Guerre, nous autorisa à lire une lettre riche de souvenirs et s'achevant sur une maxime chère à la famille Doriat : "ce que tu fais, fais le bien".

De retour à Lapalisse, nous franchîmes l'octroi et la rue Commerçon, chargée d'un lourd passé. Un maréchal-ferrant, Monsieur Raymond Marion, nous fit une démonstration de forge de pioche, outil nécessaire aux anciens ouvriers de chez Doriat avant l'ère des désherbants et autres produits phytosanitaires. Le feu et le fer s'unissent avec la terre pour honorer les pivoines.

En fin de journée, Monsieur le Maire et Conseiller général, Jacques de Chabannes, inaugura la rue "Edouard Doriat", ingénieur diplômé de l'école supérieure d'Horticulture de Versailles, en présence de quelques descendants.

Un vin d'honneur fut offert en fin de journée à tous les apprentis fleuristes qui participèrent à cette ballade patrimoniale."

Gilbert TAIN.

vendredi 19 juin 2009

Vacances d'été à Lapalisse (1935-1950)

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C'était tout d'abord le voyage en train depuis Paris. Lorsque nous passions à Varennes-sur-Allier, devant les maisons du personnel de la Compagnie P.L.M, mon père disait : "Nous arrivons bientôt". Ultime étape : Saint-Germain-des-Fossés et la rotonde où étaient garées les locomotives à vapeur. Enfin, l'arrivée, le chef de gare annonçait : Lapalisse-Saint-Prix ! Je descendais, le coeur battant, humant l'air si léger, savourant déjà les bruits nouveaux. Jean, de l'Hôtel de l'Ecu, attendait les voyageurs avec son car et nous transportait jusqu'à la maison de mes grands-parents. Chemin faisait, il nous rapportait les dernières nouvelles du pays.
Les premiers instants d'embrassades passés, je montai vite dans "ma" chambre et regardais par la fenêtre si je voyais Irène mon amie de vacances. Elle habitait l'épicerie toute proche.


Lapalisse, rue du Commerce, "Au planteur de Caïffa", en 1936


Dès qu'elle me rejoignait, nous prenions possession de la tonnelle au fond du jardin. C'était notre maison, nous installions les poupées et organisions les repas avec les pommes tombées de l'arbre. Tout nous paraissait immense et nous goûtions pleinement cette liberté.

Mais il y avait bien d'autres distractions. Quand mon père décidait d'aller à la pêche, il nous emmenait par la rue de la Prairie jusqu'à la Besbre.


Lapalisse, la rue de la prairie en 1936


Il nous fallait traverser les prés où passaient les vaches et nous étions pas très rassurées. On passait d'un pré à l'autre par des échelles de branches qui enjambaient les haies. Et c'était le plaisir de se tremper jusqu'aux mollets dans les clapotis de l'eau.


Baignade dans la Besbre


Mais ce que nous préférions, c'était lorsque nous allions au Moulin Marin. Arrivés au hameau, mon père achetait à la petite épicerie un paquet de "Petit beurre LU", deux barres de chocolat et une bouteille de limonade. Nous la mettions à rafraîchir dans l'eau entre deux pierres. Quel bonheur après la baignade de savourer ce goûter exceptionnel !


Il y avait aussi les événements attendus, surtout l'arrivée de ma cousine Claude et de sa famille. La maison entrait en effervescence et souvent il était décidé de dîner dans la cour. Pour ces grandes tablées, ma grand-mère faisait alors des sanciaux et pour le dessert un mias, genre de clafoutis aux raisins, que nous avions porté à cuire dans le four du boulanger, M. Lapendry.


Lapalisse, repas dans la cour
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Tous les soirs d'été, mes grands-parents s'installaient sur le banc dans la cour en compagnie de voisins. Parfois, des amis d'enfance de mon père nous rejoignaient et la veillée se prolongeait.

Dans la rue, les commerçants sortaient les chaises et s'installaient pour bavarder. Les groupes étaient toujours les mêmes : le menuisier, la couturière et leur famille, plus loin, l'horloger et l'épicier. Mais Irène venait faire la veillée avec nous.
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Lapalisse, rue du commerce en 1932
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Le dimanche, bien sûr, nous allions à la messe vêtues de notre plus belle robe. Ma cousine et moi occupions alors les deux chaises marquées au nom de nos grands-parents. Après, nous allions manger des gâteaux crémeux chez Baudin ou Sauvadet pendant que les parents passaient commande pour le dessert familial.

Les robes du Dimanche


Le 15 août était un évènement tout particulier : la messe était suivie d'une grande procession dans le parc du château. L'après-midi, nous montions à Beaulieu où nous attendait une nouvelle procession par les chemins creux au milieu des champs.
Parfois aussi la famille décidait une promenade dans la campagne et c'était le plaisir de cueillir le mûres dans les haies et les noisettes sur le chemin de Beaulieu.

Promenade en famille


Ce que nous aimions aussi, c'était les jours où mon grand-père recevait une noce pour la photographier. Dès le matin, il avait monté l'estrade où les mariés et leurs nombreux invités prendraient place. Le moment venu, nous allions nous poster derrière les volets au premier étage d'où nous pouvions admirer la mariée et ses demoiselles d'honneur dans leurs belles robes. Parfois, nous nous déguisions et c'était à nous de nous faire photographier.


Les "Mariées"


La "Bourbonnaise"

Il y avait aussi la fête de Lapalisse au faubourg le premier dimanche de septembre. Les attractions étaient nombreuses mais nous nous intéressions particulièrement aux baraques de loterie et à leurs belles poupées que nous rêvions de gagner, aux manèges, aux chenilles, aux "cri-cri" (1)
Mais l'enfance s'est achevée, l'adolescence est venue et la bicyclette offerte pour l'entrée en sixième. Quelle liberté ! La plupart des routes n'étaient pas goudronnées et il y avait si peu de circulation. Notre champ d'action s'élargissait : Barrais-Bussolles et la bénédiction des voitures, quelques excursion à Vichy. Nous montions la côte de Bost vélo à la main, mais au retour, quelle récompense ! Heureusement nous étions seules sur la route.
Plus tard il y eut également les "parquets" où nous allions danser. Ils s'installaient sur les places des villages pour la fête locale : Trézelles, Servilly, Droiturier, SaintPrix. Les distractions ne manquaient pas et pas besoin d'aller loin.


Lapalisse, samba dans la cour en août 1948

Après la guerre, avec la voiture, nous faisions des visites dans les environs. Comme il était interdit de se baigner dans la Besbre à cause des risques de poliomyélite, nous allions à l'établissement thermal de Sail-les-Bains dont la réclame vantait l'eau "la plus radioactive d'Europe".

Mais toujours, bien sûr, arrivait la fin des vacances. Le coeur serré, nous nous retrouvions sur le quai d'en face, attendant le train. Nous l'entendions au loin et mon père disait : "Il est sur le viaduc de Saint-Prix." C'était fini. cependant, je repartais avec un trésor : l'accent.
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(1)- Le Cri-cri était un manège constitué de sièges à une place suspendus par deux chaînes et tournant à vive allure.

Huguette Jeannot-Edouard pour les souvenirs et le texte et Florence Tripetzky pour la mise en forme.


Tous droits d'utilisation et de reproduction réservés pour le texte et les photographies.
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Retrouver dans les archives de PALICIA du mois de septembre 2008 un précédent article de Florence Tripetzky intitulé Charles Jeannot, instituteur et photographe.
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